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"La petite femelle" - Philippe Jaenada

"Plus j'avance avec Pauline, plus je réalise que les moindres actes d'une vie, anodins ou pas sur le moment, sont épinglés sur nous comme des poids de plomb le jour où on déraille et où tous les regards se tournent vers nous.- c'est ce qui s'est passé pour elle en tous cas, on a transformé tout ce qu'elle a fait ; même quand c'était : rien."
Le fait divers, associé au sensationnalisme, au voyeurisme, à l'indiscrétion, a longtemps eu à mes yeux une connotation négative, sordide. Je réalise à présent que l'image que j'en avais était davantage fondée sur la manière dont les médias l'exploitent que sur le fait divers lui-même, tranche de vie dont la dimension inhabituelle suscite naturellement la curiosité, mais pas seulement... La littérature, en s'emparant régulièrement du fait divers (parmi mes lectures de ces dernières années, je pense notamment aux affaires Génovèse, évoquée ICI et LA, Manson, ou encore Perrais), démontre souvent …

"Légende d'un dormeur éveillé" - Gaëlle Nohant

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Démarrage difficile...

J'ai entamé la lecture du dernier roman de Gaëlle Nohant, auteure dont j'ai beaucoup aimé les textes précédents, dans un état d'esprit très positif, appuyé par les nombreux avis élogieux lus à son sujet, et curieuse de découvrir cette figure du patrimoine littéraire français qu'est Robert Desnos, dont j'ignorais presque tout (hormis le poème mettant entre autres en scène une fourmi de dix pieds n'existant pas, sans doute apprise à l'école en des temps désormais lointains...).
Pourtant, d'emblée, des réticences ont sapé net ces bonnes dispositions, et ont même failli me faire jeter l'éponge au bout d'une centaine de pages...
Je dois préciser que j'ai du mal en général à adhérer à ce choix narratif qui consiste à extrapoler autour d'un personnage ayant réellement existé, imaginant ses pensées, ses paroles. Cette osmose entre réalité et fiction ne me convainc pas et nuit à mon immersion dans le récit : je suis constamm…

"Eureka Street" - Robert McLiam Wilson

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"Le chemin qui mène à la sympathie ou à l'empathie n'est pas de tout repos, mais c'est le seul que nous ayons."
Belfast, années 90.
Jake, le narrateur, traverse une mauvaise passe : il pleure Sarah, son amour parti, et travaille avec un dégoût croissant dans la "récupération" pour une société de recouvrement véreuse -c'est-à-dire qu'il prélève à leur domicile les biens de pauvres bougres incapables d'honorer leurs crédits-, entretient une relation conflictuelle avec son chat... heureusement, il y a les week-ends passés en virées dans les bars avec sa bande de copains, s'enfilant pinte sur pinte jusqu'à plus soif...
Parmi ces compères, Chuckie, l'unique protestant du groupe, qui revendique deux passions. La première, héréditaire, pour la célébrité (avec comme point culminant la fois où il est parvenu à se faire prendre en photo à proximité du pape), et la seconde pour l'argent. Il ne pense en effet qu'à s'enrichir, si p…

"Giboulées de soleil" - Lenka Horňáková-Civade

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Une question de ton.
"Giboulées de soleil" aurait pu me plaire...
Dans ce roman polyphonique, porté par trois voix de femmes, Lenka Horňáková-Civade nous fait traverser un demi siècle d'Histoire tchécoslovaque, des années trente à l'aube des années quatre-vingt. 
Magdalena entame une narration que poursuivront sa fille puis sa petite-fille, trois enfants illégitimes dans une société façonnée par et pour les hommes, où leur statut de bâtardes leur vaudra souvent mépris et rejet. Sa mère, Marie, leur fait quitter Vienne, où elle travaille comme assistante d'un gynécologue juif, alors qu'elle n'est encore qu'une enfant : fuyant les prémisses de la menace nazie, le médecin est retourné vivre auprès de sa famille "officielle"... En réintégrant son village tchécoslovaque natal, Marie l'élégante infirmière redevient une fille de la campagne vaillante et endurcie, qui ne connait ni l'apitoiement ni la fatigue, maîtresse femme fière et indépen…

"La tanche" - Inge Schilperoord

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Dans la peau du "monstre"...
"La tanche", comme son titre ne l'indique pas, est un roman troublant, dérangeant. Vous vous en doutez, ce n'est donc pas vraiment de poisson dont il y est question...
Jonathan, trente ans, sort de prison. Il a été relâché faute de preuves, et parce que le témoignage de sa victime était trop confus. Si l'auteur ne met pas de mot précis sur le crime qu'il a commis, désigné comme "l'acte", on le devine assez vite : Jonathan a été accusé de pédophilie.
Il revient vivre avec sa mère, asthmatique, superstitieusement pieuse, dans leur petite maison décrépite, une des dernières de leur quartier, en cours de démolition, à être habitée. Il reprend en main l'intendance du foyer, sort promener leur vieux chien galeux dans les dunes, s'occupe de la cuisine et du ménage, va à la pêche. Sa mère ajoute à la lourdeur de l'interminable canicule estivale et de la mortifère atmosphère qui a toujours régné dans leur…

"Ce qu'on entend quand on écoute chanter les rivières" - Barney Norris

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"Le monde est plein de choses remises à plus tard pour de mauvaises raisons, qui un jour deviennent soudain impossibles".
Le roman de Barney Norris peut sembler déroutant, à sa façon d'accoler des histoires a priori sans rapport les unes avec les autres, si ce n'est qu'elles sont liées par de fugaces coïncidences qui n'ont finalement guère d'importance.
Il y a bien cet accident de la circulation, que l'on pourrait considérer comme point central du récit, puisque les cinq personnages sur lesquels il s'attarde y sont tous impliqués de manière plus ou moins lointaine, mais il n'est que le prétexte qu'utilise l'auteur pour s'emparer du destin de ces cinq individus, destins dont il extrait la dimension intime et bouleversante.
Rita est une vieille femme usée et solitaire, qui tient un stand de fleurs face au cimetière de Salisbury. Pour arrondir ses fins de mois, elle deale du cannabis. Ce n'est pas là sa première transgression, ell…

LES TOILES DU SEMESTRE (2) - 07/12 2017

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De manière totalement involontaire, je suis allée voir exactement le même nombre de films (14) au cours de la deuxième moitié de l'année que pendant son premier semestre (dont le bilan est ICI). Une série majoritairement ponctuée d'œuvres qui n'ont guère laissé d'empreintes... heureusement sauvée par un unique mais enthousiaste coup de cœur... Non pas que je n'ai vu que de mauvais films, mais avec le recul, je réalise que même ceux que j'ai appréciés sur le moment disparaissent déjà dans la brume de mes souvenirs.
Il en est ainsi, de ...
... Wind River, polar neigeux dont la banalité de l'intrigue est compensée par son contexte. L'action, qui se déroule dans une réserve indienne du Wyoming, est en effet prétexte à illustrer les conditions de vie de ces exclus sur leurs propres terres que sont les amérindiens, et à de très belles prises de vues d'une nature hostile mais grandiose ;

... Good Time, une bonne surprise pourtant : avec Robert Pattinson c…